La justice importe toujours en Afrique

Le Président de l'AEP Sidiki Kaba à la 13e session de l'Assemblée des États parties.© CICC/Gabriella Chamberland

Le Président de l’AEP Sidiki Kaba à la 13e session de l’Assemblée des États parties.© CICC/Gabriella Chamberland

Malgré les véhéments discours anti-CPI de certains dirigeants africains, le continent compte toujours de nombreux partisans du système de justice internationale instauré par le Statut de Rome (SR), à l’instar du nouveau président de l’organe administrateur de la CPI, l’Assemblée des États parties (AEP).

La société civile réclame toujours justice
Même confrontées à l’intimidation croissante et aux nombreuses menaces à leur indépendance, les organisations de la société civile de plusieurs États africains œuvrent toujours à faire avancer la responsabilisation pour les graves crimes et à rendre justice aux victimes d’innombrables atrocités.

La société civile africaine s’est fermement opposée aux appels en faveur du retrait de la Cour lancés par le Kenya et d’autres États africains parties à la CPI. Au lieu de cela, elle demande une coopération et un engagement accrus de la part du groupe régional le plus important au sein de la CPI puisqu’il regroupe 34 États, afin de faire du système du SR un véritable mécanisme global de responsabilisation.

Njonjo Mue, conseiller de programme pour Kenyans for Peace with Truth and Justice:

« La société civile kényane est restée ferme et a continué une courageuse campagne contre l’impunité dans le pays comme ailleurs, grâce à un plaidoyer solide et basé sur des éléments concrets, en faveur de la justice pour les victimes. Elle a également pris la tête des efforts de la société civile africaine visant à faire reculer l’agenda anti-CPI de l’UA ».

De nombreuses ONGs prennent aussi des mesures en vue d’encourager les gouvernements à respecter leurs obligations aux termes du SR, d’enquêter et  poursuivre les graves crimes au niveau national. En février 2014, la visite du Président soudanais Omar el-Béchir en République démocratique du Congo (RDC) afin de participer à un sommet régional, a suscité l’indignation générale. Quatre-vingt dix organisations congolaises de la société civile ont appelé les autorités de RDC à se plier à leurs obligations d’arrêter les suspects de la CPI tels qu’el-Béchir, conformément au SR. Selon certaines informations, le président soudanais aurait précipitamment quitté le sommet, comme cela avait été le cas lors de sa visite de 2013 au Nigeria où la Coalition nigériane pour la CPI avait saisi la Haute Cour afin qu’un mandat d’arrêt soit délivré à son encontre.

En parallèle, la section kényane de la Commission internationale des juristes, conjointement avec Physicians for Human Rights et la Coalition on Violence against Women,  ont aidé huit victimes de violence sexuelle durant les violences postélectorales au Kenya, à saisir le gouvernement en vue d’obtenir justice.

Les ONGs dans des pays tels que le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la RDC et l’Ouganda ont également été actives lors de la Journée de la Justice Internationale, durant laquelle elles ont organisé des ateliers et des conférences en vue de sensibiliser aux atrocités de masse et appeler les États à rejoindre la CPI. L’Action Mondiale des Parlementaires a également organisé une réunion avec des parlementaires ougandais et congolais afin de générer une volonté politique de soutenir le SR.

De grands espoirs fondés sur Sidiki Kaba
En décembre dernier, le Ministre Sidiki Kaba, un défenseur de longue date de la lutte contre l’impunité, a été élu au poste prestigieux de président de l’AEP, avec le soutien de 34 États africains membres de la CPI ; la Coalition a salué la nouvelle comme un potentiel tournant dans le débat sur la CPI et l’Afrique.

Karim Lahidji, président de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme:

« La FIDH salue la nomination de son président d’honneur Sidiki Kaba, au poste de président de l’AEP. Son engagement bien connu en faveur l’efficacité de la CPI et de la protection de l’intégrité du Statut de Rome l’aidera à surmonter les défis de taille qui l’attendent . La présidence de M. Kaba devrait contribuer à préserver le rôle central des victimes au sein des procédures de la CPI. En tant que premier président africain de l’AEP, Sidiki Kaba jouera un rôle primordial dans les relations entre l’Afrique et la CPI ».

La société civile continue son combat sans relâche contre l’impunité afin de soutenir tous ceux qui veulent obtenir justice. Elle attend à présent de voir le nouveau président de l’AEP exploiter les éléments positifs de la relation entre l’Afrique et la CPI de façon à ce que l’attention puisse se focaliser à nouveau sur le réel enjeu : tenir les auteurs de graves crimes pour responsables de leurs actes, et rendre justice aux victimes où qu’elles soient.

Cet article est extrait de notre Moniteur de la Justice Globale.

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